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2015-07-21  |  

Actes professionnels en pharmacie : charger ou ne pas charger, telle est la question... (2/2)

actes en pharmacie

Chose promise, chose due : voici la suite de l’article de François-Xavier Houde, dont la première partie publiée la semaine dernière soulevait une question qui, selon lui, devrait être posée concrètement au sein de sa profession. Bonne lecture!

L’acte d’un professionnel

Poser un diagnostic est un acte payé par l’État/les contribuables. D’accord, il s’agit d’un service courant dans plusieurs domaines. Il est tout à fait légitime de payer un expert pour qu’il nous donne son opinion. Cette opinion doit-elle être invariablement assumée par l’État?

Prescrire un traitement est un autre acte payé par le public. Cet acte est bien particulier. En premier lieu, il s’agit d’une autorisation. Le médecin est payé pour donner l’autorisation au consommateur de se prévaloir d’un médicament dans une pharmacie. Dans certains cas, la prescription donne l’assurance que le patient a réellement besoin du traitement, ce qui permet le remboursement du traitement par l’assureur privé. Cependant, une prescription est un acte beaucoup plus chargé qu’une simple autorisation. La prescription, aussi appelée « ordonnance », sert également de directive, voire même d’ordre. Bien entendu, le patient conserve la liberté d’acheminer la prescription à la pharmacie et le pharmacien conserve la liberté de refuser de servir le médicament. Or, combien de prescriptions ne sont pas amenées à la pharmacie pour des questions d’incapacité à payer le médicament? Quelle est l’utilité d’un diagnostic et d’une prescription s‘ils ne se traduisent pas en action pour le patient? Comment adresser ce manque d’accessibilité aux traitements pour les patients qui consultent, mais qui ne terminent pas le processus? Ce genre de comportement annule bien des bénéfices de la consultation médicale, laquelle a été chargée par le professionnel, ce qui se traduit en gaspillage d’argent pour les contribuables.

L’encadrement d’un système à deux vitesses

Comme nous venons d’en discuter, à mon avis, le système à deux vitesses existe déjà sous la forme d’assurance médicament. Il est omniprésent, il fonctionne, mais pourrait nettement être optimisé. La généralisation d’une médecine à deux vitesses ne m’apparaît pas comme un paradigme révolutionnaire ou encore catastrophique. Ce système semble inévitable dorénavant. L’accessibilité lacunaire et soutenue de notre système de santé publique a permis l’éclosion de ce marché. Maintenant, il faut l’encadrer correctement. Il faut déterminer ce qui est payable au privé et ce qui ne l’est pas. Ce n’est pas parce qu’un acte est du domaine de la « médecine » qu’il doit absolument être à la charge de l’État. Parallèlement, l’État devrait revoir les actes des diverses professions qui offrent des diagnostics, des directives et des soins de santé associés à un bénéfice réel pour le patient.

Payer selon la pathologie

Un traitement d’herpès labial non traité comporte-t-il les mêmes risques et complications possibles qu’une infection urinaire non traitée? Pas du tout. Bien que le feu sauvage soit contagieux et un désagrément esthétique temporaire, il est autorésolutif et ne se complique jamais, à condition que le patient ne soit pas immunosupprimé. L’infection urinaire, quant à elle, peut se transformer en pyélonéphrite si elle n’est pas traitée rapidement. Cette pyélonéphrite peut être associée à une invalidité prolongée et à une hospitalisation dans certains cas (encore plus de coûts!). Dans ce contexte, serait-il possible de juger que le traitement d’herpès labial est à la charge du patient et que le traitement pour l’infection urinaire est à la charge de l’État? Veuillez noter que j’ai choisi ces deux conditions à des fins d’illustration, et que la même réflexion existe pour une panoplie de conditions.

L’équité entre professionnels

Que dire des actes qui sont identiques, mais exercés par deux professionnels différents. Comme justifier qu’une prescription pour de l’herpès labial, une vaginite ou une infection urinaire soit remboursée à 0 $ lorsque le pharmacien l’exécute, mais qu’elle soit payée à bon montant lorsqu’il s’agit du médecin?

En 2015, bon nombre de thérapies sont données afin d’améliorer la qualité de vie. Bon nombre de soins ont des bénéfices purement esthétiques. Les médicaments les plus prescrits sont donnés à titre préventif, pour réduire le risque d’évènement cardiovasculaire et augmenter la longévité des patients. Leurs bénéfices se comparent-ils à l’activité physique régulière? Non, ils sont moins efficaces. La prise de ces médicaments se traduit-elle par une qualité de vie augmentée? Pas toujours. On observe même parfois une diminution de cette dernière. Cette mise en perspective est-elle présentée au patient? Je ne pense pas.

Par François-Xavier Houde
Étudiant en pharmacie à l’Université de Montréal




Avenir de la pharmacie | Gestion en pharmacie | Loi 41

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