logo Pharmablogue



2015-06-01  |  

Des petits malades explorent la voie artistique pour communiquer

art-thérapie

Si l’art-thérapie ne fait pas de miracles, cette forme de thérapie a su démontrer au fil des années et pour un public diversifié sa pertinence pour entrer en relation avec autrui ainsi que pour accéder à une gamme d’émotions qui ne saurait s’exprimer avec des mots.

À l’hôpital Sainte-Justine, depuis maintenant huit ans, madame Marianne Dufour, détentrice d’une maîtrise en art-thérapie, offre l’art-thérapie aux jeunes en oncologie afin de les aider à mieux vivre avec leur maladie.

Madame Dufour, comment décrire l’art thérapie?

L’art-thérapie est un mode d’exploration intérieur pour mieux se connaître soi-même, travailler sur nos difficultés et s’épanouir. La thérapie par les arts permet entre autres d’explorer ses pensées, ses comportements, ses émotions et également sa façon d’entrer en relation, et aussi de mobiliser ses forces et ressources intérieures par le processus. Évidemment, il s’agit d’une démarche d’exploration, c’est-à-dire que ce processus s’inscrit dans une série de rencontres, bien que l’on puisse obtenir certaines pistes ou prises de conscience dès le tout début. La relation de confiance qui se développe permettra à la personne d’approfondir sa démarche peu à peu. 

Auprès de quelle clientèle un art-thérapeute peut-il œuvrer?

À la base, comme l’art-thérapie est une manière d’explorer son monde intérieur, n’importe quel humain en quête de réponses et de soulagement pourrait en théorie profiter de cette forme de thérapie, mais il y a des préférences et des affinités naturelles entre certaines formes de thérapie et différentes personnes. Certes, cela ne convient pas nécessairement à tout le monde. Évidemment en tant qu’art-thérapeute, l’on développe souvent des spécialités auprès de diverses clientèles présentant des troubles d’anxiété, des maladies, des dépressions, des douleurs chroniques, des troubles de comportement, des problèmes de délinquance, etc. Mentionnons que les art-thérapeutes démontrent généralement une grande capacité d’adaptation leur permettant de rejoindre un large public.

En quoi consiste le travail de l’art-thérapeute auprès des jeunes atteints de cancer?

Au sein de notre établissement, nous offrons spécifiquement un soutien à l’adaptation, à l’hospitalisation et à la maladie avec les enjeux spécifiques que cela soulève : l’atteinte du corps, l’angoisse de mort, l’anxiété quasi chronique, l’isolement social, les différents deuils rencontrés, et plus encore. Mon mandat consiste donc à soutenir ces jeunes dans leurs capacités à entrer en relation avec eux-mêmes, de les appuyer dans ce qu’ils ressentent, de les aider à tolérer ces émotions, à les comprendre; et aussi de leur donner un lieu de liberté, de créativité, d’expression d’eux-mêmes. Également, il est crucial de nous assurer qu’ils ne soient pas cloîtrés dans ces défenses rigides qui ne leur permettent pas une adaptation à long terme. Lorsqu’ils apprivoisent leur monde intérieur en art-thérapie, il devient alors plus facile pour eux de communiquer de façon authentique et transparente avec les gens qui les entoure. Nos deux grandes préoccupations gravitent autour de l’adaptation à leur condition, ainsi que le développement continu, c’est-à-dire l’importance de les soutenir dans l’épanouissement de leurs forces et de leur personnalité, afin préserver une identité qui se veut saine. 

Qui sont ces jeunes pouvant bénéficier de ce service au sein de l’hôpital?

Tous les jeunes dans le besoin peuvent avoir accès à ce service. Je peux rencontrer des enfants malades au tout début du processus, mais je peux également entrer en scène à n’importe quel moment de la trajectoire de soins, lorsque requis. Il m’arrive même parfois de rencontrer des jeunes à la fin de leur maladie. Lorsqu’ils réalisent que le quotidien ne sera plus jamais le même, certains éprouvent le besoin d’exprimer leurs émotions.

Il y a également la fratrie qui n’est pas à négliger. Les frères et sœurs de l’enfant malade vivent souvent la même angoisse ainsi que le même bouleversement radical de tous les aspects de leur vie. Par contre, ceux-ci ne bénéficient pas du cocooning accordé aux enfants malades. Souvent, ils démontrent une sorte de blessure d’amour, un sentiment d’abandon. Ceux-ci font donc partie de ma clientèle. Il est important de nous en préoccuper puisque nous savons que la fratrie démontre plus de séquelles à long terme telles la dépression et l’anxiété.

Quels sont les bienfaits de l’art-thérapie auprès de ces jeunes?

Plusieurs études ont démontré que les bienfaits de l’art-thérapie sont souvent immédiats. Les enfants sont moins dissipés, ils deviennent plus centrés, plus posés, plus confiants… Mon rôle est alors de me mettre en harmonisation avec eux. Je reflète l’image que je vois d’eux, une image cohérente, apaisante. À long terme, le travail se fait évidemment à un autre niveau : nous travaillons ensemble leur identité, leur intégrité personnelle, leur capacité d’entrer en relation et d’être actif, au volant de leur vie.

De quelle manière l’art-thérapie permet-elle cette communication?

L’art-thérapie facilite énormément la communication. Communiquer n’est pas un processus simple, direct ou linéaire. Pour s’exprimer, il faut d’abord pouvoir se sentir à l’intérieur, tolérer ce que l’on ressent. Il faut apprendre à vivre avec nos émotions, parfois inconfortables dans ce contexte. Les enfants en cancérologie répriment beaucoup de peur, de tristesse et de colère. On leur demande d’être patients, d’être courageux. Ils sont gentils avec leurs parents puisqu’ils ne veulent pas les attrister… Les émotions se voient donc souvent refoulées. Lorsque les enfants acceptent de faire ce voyage intérieur, graduellement, ils deviennent prêts à assumer leurs émotions, il y a alors une grande place pour la communication. En d’autres mots, nous faisons ensemble un travail de mise en images, qui se résultera par un travail de mise en paroles.

 // Par Noémie Desbois Mackenzie
Bachelière en communication, et présentement à la maîtrise en communication de la santé


Source : Entrevue téléphonique réalisée avec madame Marianne Dufour, art-thérapeute à l’Hôpital Sainte-Justine en date du 27 novembre 2014.




Cancer | Communication et santé

0 commentaire

Commenter l'article

*Champs obligatoire


+ Populaires + Commentés
pommade du Dr Nweman

[ Allaitement ] La crème « tout usage » du Dr Jack Newman : un traitement miracle ?


téterelle allaitement

La téterelle et l'allaitement : pourquoi, quand et comment?


Probiotiques

Les probiotiques : quand, comment et pourquoi les utiliser?


La massothérapie

Les secrets de la massothérapie


blanchiment des dents

Le blanchiment des dents : bien plus qu’une procédure esthétique!


La profession d’ATP : en constante évolution!


Article suivant

Revue de presse santé

Le gouvernement du Canada améliore l'accès aux aliments sans gluten