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2012-09-12  |  

Des «vendeurs de pilules» qui inspirent confiance!

Le métier des pharmaciens

Au moment exact où j’ai reçu mon offre d’admission en pharmacie, j’étais la personne la plus heureuse au monde : j’étais fière, j’avais travaillé dur, j’étais récompensée. Un beau jour, alors que je discutais de travail/carrière avec une dame, voici quelle fut sa réaction lorsque je lui ai dit que je me dirigeais en pharmacie : « Ah, c’est bien ça, bravo ! Tu vas être payée full cher à rien faire ! Ce sont les tech  qui font tout, les pharmaciens, eux, ne font que superviser en se remplissant les poches ! Chanceuse ! » Après m’être fait féliciter de la sorte, je me suis dit que j’avais définitivement réussi ma vie, cela ne faisait aucun doute. Moi qui croyais pendant tout ce temps que le pharmacien était un professionnel de la santé à part entière qui veillait à l’utilisation optimale et sécuritaire des médicaments, où avais-je la tête ? Plus sérieusement, je sais qu’il s’agit d’une opinion isolée sur les pharmaciens, qui est, par le fait même, bien divertissante, et qui ne représente certainement pas la majorité des gens. Après tout, le pharmacien n’est-il pas le professionnel de la santé en qui les canadiens ont le plus confiance, tenant pour une deuxième année consécutive la première place du palmarès?1

Toutefois, un certain nombre d’événements en pharmacie m’amène à croire que bien des gens ne reconnaissent pas le pharmacien à sa juste valeur. Combien de fois les patients peuvent-ils nous dire impatiemment : « mais qu’est-ce que vous faites tant que ça ? Vous comptez les pilules et me les donnez, c’est tout ! Qu’est-ce qu’il y a de si long ? » Ou tous ces gens qui ne veulent pas attendre pour un conseil, qui s’étonnent de devoir attendre 10-15 minutes (!?!) pour parler au pharmacien pour leur tout petit problème, qui, bien souvent, peut être beaucoup plus complexe qu’il en a l’air. Étonnamment, ces gens, la plupart du temps, ont attendu de longues heures à l’urgence sans vraiment se plaindre, parce qu’ils savent très bien que les médecins sont « débordés » et « travaillent fort », c’est reconnu…

Ce qui m’amène à dire : qu’est-ce que le pharmacien pour la population ?  Un « vendeur de pilules » ?  Ce serait désolant à dire, mais lors du dernier Colloque étudiant sur l’avenir de la pharmacie,  un sondage rapide auprès des étudiants a fait ressortir la triste vérité : même les autres étudiants en santé avaient cette opinion simpliste des pharmaciens. Nous le savons parce que lors des activités interfacultaires, nous avons été confrontés à de lourdes ignorances quant à notre profession telles que : « ah oui, vous gérez les interactions médicamenteuses ? Je pensais que vous ne faisiez que compter et vendre les comprimés… » Et ces questions ou commentaires ne sont pas si rares. Il y a de quoi se poser de sérieuses questions, mais il s’agit d’un débat d’un autre jour…

Donc, qu’est-ce que le pharmacien au juste ? Pour moi du moins, il n’est pas seulement un expert du médicament, c’est aussi un expert en relations humaines, en prodiguant écoute et conseils à tout patient dans le besoin. Voilà où se trouve toute la richesse du pharmacien, dans son accessibilité et son savoir. C’est ce pourquoi nous étudions pendant 4 ans, 4 longues années ardues dois-je rajouter, pour obtenir l’expertise scientifique et relationnelle nécessaires à l’accomplissement de notre bon travail. Malheureusement, comme j’ai mentionné plus tôt, cette expertise ne saute pas nécessairement pas aux yeux des gens, ce cheminement n’étant pas inscrit sur l’étiquette des vials remis. Je comprends parfaitement le patient moyen qui attend sans trop comprendre ce qui se passe de l’autre côté du comptoir ; tant qu’on n’est pas dans le domaine, il est difficile de s’imaginer toute la complexité du processus de remise de médicament. Il revient donc à nous, les pharmaciens d’aujourd’hui et de demain, de continuer la valorisation de notre profession non seulement auprès de la population, mais aussi au quotidien dans nos pharmacies. Je pense que l’on peut le faire notamment en expliquant davantage au patient ce que l’on fait pour lui, en faisant plus de suivi et de prévention, en emménageant plus d’espaces confidentiels et en favorisant la collaboration interprofessionnelle. Déjà, depuis mon entrée à l’université, je constate des nouvelles tendances dans la pratique et la perception du public. Avec la venue du projet de loi 41, il faut dire qu’il s’agit d’une belle avancée de la profession  qui se rapproche davantage de la vision des jeunes. Au sein de la faculté, nous sommes tous enthousiastes à l’idée de finir nos études avec les nouveaux actes en place. Ce n’est que le début d’une série de défis que nous sommes prêts et impatients à relever.

Cependant, il faut être conscient que plus de responsabilités implique inévitablement plus de travail. Par conséquent, je crois que comme nos voisins ontariens l’ont fait, l’étendue des responsabilités de l’équipe technique devra être révisée : une plus grande délégation nous permettrait entre autre de nous consacrer entièrement à l’analyse de dossiers de ses patients, de pouvoir nous asseoir avec eux et de prendre tout le temps nécessaire pour les aider à avoir la meilleure pharmacothérapie possible pour un patient donné. C’est dans cet environnement de pratique que j’aimerais travailler plus tard, dans un contexte où l’on a le temps de rencontrer notre monde et de réfléchir ensemble. Ainsi, les pharmaciens seraient utilisés à leurs capacités maximales et on pourrait s’attendre alors à une plus grande considération encore. Quand j’ai fait ma demande d’admission en pharmacie, il y a de cela 2 ans déjà, je ne m’attendais à rien de moins de la pharmacie. Et je ne serai pas déçue, j’en suis certaine, car la pharmacie s’est tellement métamorphosée dans les dernières décennies ! Nous, étudiants, contribuerons à la faire avancer davantage. 

Quand je repense à la dame qui me disait que nous ne faisions que se remplir les poches sur le dos des techniciens, j’ai de la misère à croire que nous ayons deux visions si opposées d’une même profession. Cela prouve bien que, malgré le fait que nous soyons le professionnel de la santé le plus proche de la population, il y a encore un gap à surmonter entre nous et nos patients… Heureusement, nous avons la chance de pouvoir travailler là-dessus à tous les jours… À nous de jouer !

 

Et vous, pharmaciens et étudiants du Québec, vivez-vous cette perception dans vos pharmacies? 

 

Audrey Cloutier-Bergeron

 


1 OPQ. Le pharmacien : un professionnel de confiance selon les canadiens [En Ligne] 2012 [citée le 27 février 2012]. http://www.opq.org/fr-CA/grand-public/nouvelles/2012-02-02-le-pharmacien-un-professionnel-de-confiance-selon-les-canadiens

 




Avenir de la pharmacie

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1 commentaire

Massicotte Denis

17-10-2012

Quand je vois la perception d'un certain Dr Gladu représentant des jeunes médecins et de son ami François Legault le boss de la CAQ. Ils ont du chemin à parcourir ces 2 l'à avant de comprendre le rôle et le potentiel du pharmacien au service de la santé des Québécois.

Dieu que j'envie les pharmaciens des provinces qui ont su reconnaitre les compétences et l'expertise de leurs pharmaciens. Avez-vous remarqué qu'en général, ce sont des provinces riches tant au niveau monétaire qu'au niveau de l'ouverture d'esprit qui sont chef de file dans l'application de vraies méthodes multidisciplinaires. C'est toute leur population qui en profite !

Les temps ont bien changé car dans les années 90 la pharmacie québécoise était avangardiste en étant un modèle pour les pharmaciens des autres provinces. Maintenant nous croupissons à la fin du peleton en ce qui concerne l'évolution et la reconnaissance de notre profession. Oui nous sommes une province distincte mais dans ce ca çi, malheureusement pas pour les bonne raisons.



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