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2012-09-06  |  

Immigrer au Québec et vouloir pratiquer

Immigration

Après avoir complété un baccalauréat en pharmacologie, j’ai fait ma demande d’admission en pharmacie à l’Université de Montréal. En juin, j’étais comblée d’apprendre que j’étais acceptée. Le 24 août, je commençais donc ma semaine de familiarisation qui allait finir en beauté avec la fameuse cérémonie de remise des sarraus. Durant celle-ci, chacun de nous reçut son sarrau du Pharm.D., sarrau qui nous accompagnera pendant toutes nos études. Après que l’on ait remis leur sarrau aux quelque 200 étudiants du Pharm.D., je réalisai que la cérémonie n’était pas finie. On nous présenta alors la trentaine d’étudiants du nouveau Programme de qualification en pharmacie, anciennement nommé Programme d’appoint pour pharmaciens étrangers (PAPE).

En effet, la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal a collaboré avec l’Ordre des Pharmaciens du Québec (OPQ) dans le but de mettre en place un programme d’appoint pour les pharmaciens diplômés à l’étranger désirant pratiquer au Québec. Cette formation intensive de 16 mois (64 crédits), mène à l’obtention d’une équivalence complète qui offre les mêmes statuts, droits et devoirs aux diplômés que ceux qu’obtient un pharmacien diplômé de manière «conventionnelle».[1] Il faut dire qu’un tel programme est plus que pertinent dans le contexte actuel de pénurie de pharmaciens.

L’inauguration du PAPE m’a agréablement surprise. En effet, l’aide à l’intégration des immigrants est une cause qui me tient énormément à cœur. J’ai moi-même immigré au Québec avec ma famille il y a 8 ans, alors que j’avais 15 ans. Cependant, la réalité que j’ai vécue et celle qu’ont vécue mes parents sont complètement différentes. À 15 ans, j’ai intégré le secondaire avec comme seule préoccupation de me faire des amis. De leur côté, mes parents devaient complètement redéfinir notre réalité. Il fallait tout refaire, tout recommencer. Mes deux parents étaient ingénieurs, mais ne l’étaient soudainement plus à leur arrivée ici. Que faire ? Recommencer leurs études? Entreprendre de longues démarches d’obtention d’équivalences en s’empêchant de travailler? Avec trois enfants à charge…impossible. Lorsqu’on arrive ici avec comme seuls bagages ses économies et ses diplômes, et que vos diplômes vous filent entre les doigts, les économies ne tardent pas à suivre. Il semblait que nous étions dans une impasse. Il fallait travailler.

 

Cela a pris plusieurs années et, disons-le, beaucoup d’argent à mes parents afin de rebâtir nos vies. Je les ai vus se battre et travailler très fort pour ce qu’ils ont accompli, et ce, deux fois plutôt qu’une. Ils s’en sont bien sortis après tout, mais ce n’est définitivement pas le cas de tout le monde. C’est la raison pour laquelle l’inauguration du PAPE m’a fait autant plaisir. J’étais impressionnée par l’avant-gardisme, l’innovation et l’ouverture d’esprit de la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal et de l’OPQ. Comme je l’ai appris cette journée-là, ce programme était le seul en son genre au Canada ![2]  Cela m’a donné grandement envie d’en connaître davantage. J’ai donc demandé à M. David Sanchez, étudiant au PAPE, de m’accorder un entretien portant sur ce nouveau programme et sur ce que ce dernier représentait à ses yeux. «Je veux commencer par dire MERCI au Québec pour cette opportunité. Tous les jours, je me lève et je ne peux croire que je serai pharmacien ici au Québec. Pour moi, le PAPE est une opportunité de commencer une nouvelle vie ici, d’apprendre à bien connaître la pratique locale de la profession, de m’épanouir et de grandir dans ma carrière professionnelle. Le programme me permettra de partager mon savoir et de contribuer au système de santé québécois, tout en élargissant mon réseau personnel et professionnel. Finalement, c’est une chance de me rediriger vers ma passion: la pratique clinique de la pharmacie en officine ou à l’hôpital».

 

En effet, David a travaillé dans une pharmacie d’hôpital pendant ses études en pharmacie. De plus, il était président de l’Association colombienne des Étudiants de Pharmacie à Bogotá et de l’Association latino-américaine des Étudiants de Pharmacie. Après avoir terminé ses études à l’Université Nationale de la Colombie, il s’est dirigé vers le secteur de l’industrie pharmaceutique et a travaillé comme gestionnaire.  Il supervisait un personnel de plus de 300 employés et faisait affaire avec des compagnies pharmaceutiques d’envergure, telles Novartis, GlaxoSmithKline, Bayer Schering Pharma AG. Il a donc pu accumuler une belle expérience de travail en assurance de qualité et production, en négociation et en gestion financière et des ressources. Après avoir immigré au Canada, il y a trois ans, il s’est trouvé dépossédé de son droit de pratiquer sa profession. Comme la seule option était de recommencer ses études en pharmacie, il devait élaborer un «plan B» afin d’assurer ses arrières. Il s’est inscrit au  certificat en assurance de qualité à l’École de technologie supérieure dans le but de travailler en industrie pharmaceutique, en fabrication médicamenteuse et en assurance de qualité.

 

Ce n’est que par hasard qu’il entendit parler du PAPE, via une amie qui fréquentait l’Université de Montréal. Sans hésiter, il entreprit les démarches auprès de l’OPQ et auprès de la faculté de pharmacie. Alors, quand le programme a été officialisé, David était prêt à entreprendre toute démarche nécessaire pour saisir sa chance. «Cette démarche d’actualisation est très pertinente, affirme-t-il. Il serait très difficile de rentrer tout de suite dans un milieu de pratique qu’on ne connaît que peu. Il est certain que nous arrivons tous avec des expériences de travail et de vie différentes, et la définition de la profession de pharmacien varie certainement d’un pays à l’autre. Le PAPE nous permet de comparer notre expérience à celle des autres au sein d’un groupe multiculturel, dynamique et très animé où tout le monde travaille ensemble afin de compléter ses connaissances. Ça nous permet de nous remettre en question, de réaliser qu’il y a différentes manières de faire et que nous avons tous beaucoup de choses à apprendre. Le groupe est composé de personnes originaires d’Amérique latine, d’Afrique, d’Europe et d’Asie. Nous sommes tous arrivés avec de l’expérience et beaucoup de motivation. Je trouve que le programme est très bien adapté à nos besoins, avec des cours et des stages intégrés qui nous permettent de nous habituer à la pratique québécoise tout en étant bien encadrés. »

 

Lorsque je lui demandai ce que serait son plus grand défi après avoir complété le PAPE, David sourit et me répondit : «Évidemment, je continue toujours à m’habituer à l’accent et aux expressions québécoises, mais je pense que le plus grand défi sera d’apprendre à connaître la culture québécoise autour du patient et de la maladie. Par contre, il n’y a pas de défi qu’on ne peut surmonter.»  En conclusion de l’entretien, je demandai à David de me parler de l’influence qu’a eu le PAPE sur son objectif de carrière : «Avant que je connaisse le programme d’appoint, mon objectif premier était de rester dans le domaine de la santé, le plus proche possible de la pratique pharmaceutique. Aujourd’hui, mon objectif est de devenir pharmacien propriétaire. J’ai toujours été gestionnaire et j’aimerais continuer à utiliser ce côté de ma personnalité.»

 

Comme David, plusieurs pharmaciens arrivent de l’étranger pour se construire une nouvelle vie au Québec et se retrouvent dans l’impossibilité de pratiquer leur profession. Grâce à la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal et à l’OPQ, en collaboration avec le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, une trentaine de pharmaciens pourront recouvrer leur droit de pratiquer leur passion, la pharmacie.[3] Ce programme unique est un petit pas pour la société québécoise vers une meilleure intégration de la population immigrante. Mais selon moi, le PAPE est un pas de géant pour tous ceux qui pourront en jouir, ainsi que pour leur famille. Je finirai en vantant une deuxième fois l’avant-gardisme de l’Université de Montréal et de l’OPQ. Cette démarche contribuera certainement à améliorer l’expérience des pharmaciens étrangers désirant s’établir au Québec et les encouragera à y rester par la suite en leur permettant de faire leur part pour la société. De plus, le programme aura, sans aucun doute, un impact positif sur le phénomène de pénurie de pharmaciens qui touche la province. J’espère que le PAPE sera pris comme modèle par d’autres Ordres professionnels dans le domaine de la santé et des services sociaux et par d’autres universités québécoises et canadiennes afin que l’on ait une société plus unie, plus diversifiée et plus saine.

 

Sofia M’seffar

 

[1] Université de Montréal, Faculté de pharmacie, «Nouveau programme d’appoint pour les pharmaciens formés à l’étranger», [en ligne]. 2011 [Consulté le 26 décembre 2011]

Disponible :http://www.pharm.umontreal.ca/etudes_cycle1/appoint_pharmaciens_etrangers.html

[2] Journal Forum, UdeM Nouvelles, «UdeM launches Canada’s first ever programme for foreign pharmacists», [en ligne]. 2011 [Consulté le 27 décembre 2011]

Disponible : http://www.nouvelles.umontreal.ca/enseignement/faculte-de-pharmacie/20110906-un-programme-sur-mesure-pour-les-pharmaciens-formes-a-letranger.html

[3] Gouvernement du Québec, Immigration et Communautés culturelles, Communiqué «Formation d’appoint pour l’accès à la profession de pharmacien», [en ligne]. 2011 [Consulté le 3 janvier 2012]

Disponible :http://www.micc.gouv.qc.ca/fr/presse/communiques/com20111031.html




Avenir de la pharmacie

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1 commentaire

Bensmina Imene

23-09-2013

Excellent article sofia !

Le programme de qualification en pharmacie constitue une grande opportunité pour tous les pharmaciens immigrants passionnés qui veulent exercer pleinement leur profession au Québec .

Un grand merci à la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal et à l'OPQ de nous offrir cette opportunité.

En attendant de faire les démarches pour ce programme, je vous souhaite ainsi qu'a tous le futurs diplômés bon courage et au plaisir de vous avoir comme confrères .

Bonne continuation Sofia et au plaisir de te lire !

DR Imene Bensmina, Pharmacienne



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