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2013-05-09  |  

La débarque

technologies en pharmacie

« Pour ceux qui veulent imprimer les acétates du professeur, elles sont maintenant disponibles sur le site internet du cours. »

Dans la classe, la plupart des étudiants se lancent des regards perplexes, voire moqueurs. La raison est bien simple : aujourd’hui, nous, futurs pharmaciens, avons délaissé la plupart des outils qu’utilisaient ceux qui étaient à notre place il y a de cela 5 ans. Nous réalisons aujourd’hui nos travaux d’équipe sur Google Drive en discutant en parallèle sur Facebook. Nous parlons à nos proches sur Skype, transportons nos documents sur Dropbox et prenons nos notes grâce à Evernote ou iAnnotate.

Cela s’explique par le fait que, dans la classe, la moitié possède un portable et environ le quart a une tablette électronique. Sans parler de ceux qui ont la triade iPhone, iPad et MacBook, les trois côte à côte devant eux (et qui apparemment ne connaissent pas iCloud). J’ose à peine imaginer ce à quoi ça ressemble à Montréal, où l’achat du fameux MacBook est obligatoire.

Tout ce beau monde, on ne se le cachera pas, est « sur la coche » niveau techno. Ces étudiants ont trouvé des outils qui leur permettent d’améliorer considérablement leur efficacité et d’ainsi diminuer le gaspillage de temps et de matériel.

Mais qu’adviendra-t-il, à la fin de leur périple étudiant, lorsqu’ils intégreront les pharmacies communautaires ou les hôpitaux ?

La débarque

Le milieu de la pharmacie communautaire en est un qui a beaucoup évolué dans les dernières décennies (ex.: dossier-patient, fax, etc.) et le présent article ne sert pas à illustrer ce propos. J’aimerais plutôt attirer votre attention sur le gouffre qui sépare la réalité des pharmaciens communautaires et celle des étudiants d’aujourd’hui. Ces pharmaciens, qui donnent des feuilles de conseil en format papier (parfois sans recto verso), qui rédigent les registres des narcotiques, les inventaires et les horaires à la « mitaine », qui se battent avec le fax (et les confirmations de fax) pour communiquer avec les autres professionnels de la santé, qui patientent de façon interminable au téléphone pour parler au « centre de support aux pharmaciens » ou à un médecin. 

Les chaînes de pharmacie

Vous êtes-vous déjà demandé pour quelles raisons les pharmacies québécoises affichent un si grand retard technologique ? Pour répondre à cette question, il faut regarder d’où est venue l’innovation au cours des dernières années. Que l’on soit d’accord ou non avec les modèles d’affaires et l’aspect « professionnel » de géants tels que PJC, Brunet ou Pharmaprix/Shoppers, ce sont eux qui ont généré les plus beaux outils technologiques ces dernières années, le renouvellement en ligne en est le plus bel exemple. Très peu de petits joueurs ont eu un tel impact sur la pratique de la pharmacie telle qu’on la connait. Est-ce par manque d’altruisme ? Pas du tout ! C’est simplement que les chaînes pourraient profiter d’un retour sur l’investissement plus grand et plus rapide, surtout en intégrant les outils développés dans toutes leurs pharmacies.

S’associer à un pharmacien d’expérience

Une autre raison identifiée comme étant un frein potentiel à l’innovation en pharmacie est le chiffre suivant : 10 000 000 $. Ceux d’entre vous qui désirent, un jour, devenir propriétaires connaissent bien ce nombre. C’est le prix d’achat couramment payé pour acquérir une pharmacie communautaire. C’est donc dire que si nous suivons les lignes directrices émises dans le document de l’AQPP pour l’achat d’une pharmacie (i.e. 10 % de mise de fonds), il nous faudra, pour la très grande majorité, nous associer avec un pharmacien possédant de l’expérience (et de l’argent). Expérience acquise depuis les années 80-90 et, pour la plupart du temps, loin des outils technologiques décrits plus haut. Il est donc possible de croire que ce type d’association, bien que profitable à plusieurs égards, puisse ralentir la progression technologique des pharmacies québécoises.

La solution ?

Je sais très bien, par contre, que cela reste très difficile, voire impossible, à prouver. En fait, pour soutenir mes propos, il faudrait que plusieurs jeunes pharmaciens s’associent pour fonder une « startup » indépendante comme cela fait longtemps que l’on n’en a pas vu. Ces pharmaciens pourraient dès lors :

  • Utiliser Facebook et le courriel pour communiquer des informations avec les patients ;
  • Effectuer des suivis téléphoniques avec les patients et les médecins via Skype ;
  • Posséder un site internet donnant de l’information non biaisée aux patients en leur donnant une tribune pour communiquer entre eux sur des pathologies données ;
  • Utiliser Twitter pour informer leurs collègues professionnels de la santé de l’arrivée de nouvelles lignes directrices ;
  • Prendre des notes et les annexer automatiquement au dossier patient lors de consultations avec les patients à l’aide d’Evernote ;
  • Et, par-dessus tout, arrêter de travailler dans des dossiers-patients dont l’apparence n’a rien à envier au jeu Tetris.

Des partants ? Quels outils apporteriez-vous en pharmacie et comment les intégreriez-vous ?

Avez-vous des exemples de pharmacies qui ont déjà fait un bon coup à ce niveau ?




Avenir de la pharmacie

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4 commentaires

Alexandre Chagnon

22-11-2016

@Jean-François: Des données canadiennes fournies par le CRTC (mars 2016) montrent bien que la technologie n\'est pas exclusive aux jeunes patients. La tranche d\'âge des baby-boomers (et même leurs parents) sont désormais sur les réseaux sociaux et cherchent activement de l\'information concernant leur santé et leurs médicaments. Le e-patient typique n\'a pas 20 ans!

Chez questionpourunpharmacien.com, nous en avons la preuve à toutes les semaines. Des patients nonagénaires posent des questions aux pharmaciens directement sur internet.

Suffit de leur fournir un outil intuitif et simple, et ils l\'utiliseront!


Jean-Francois Graillon

10-05-2016

Il ne faut perdre une chose de vue: les gens qui "consomment" le plus les services pharmaceutiques sont les personnes âgées. La technologie, c'est bien pour rejoindre les patients plus jeunes, mais pour les personnes âgées, bonne chance...


Alexandre Chagnon

28-05-2013

En effet! Il va falloir que les pharmaciens en devenir trouvent un moyen d'apporter les outils qu'ils utilisent au quotidien dans leur pratique ! Je suis content de voir, à la lumière des réponses sur Facebook des étudiants de UL, que je ne suis pas le seul à voir ce manque, et surtout à croire qu'il y a des moyens pour y pallier.



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