logo Pharmablogue



2016-01-04  |  

L’interrègne des pharmacies communautaires

employés pharmacie

Des questions importantes se posent pour les pharmaciens ces temps-ci. Le contexte socio-économique n’a jamais été, à ma connaissance, aussi « rigoureux » (comprendre : austère) pour les pharmacies. Discutons.

Voici quelques éléments importants qui ont marqué le paysage de la pharmacie dernièrement :

  • Loi 41 mise en application (nouveaux actes réservés : certaines prescriptions, prolongements, ajustements, etc.)
    • 3 actes sur 7 sont « assurés » par le régime d’assurance médicament du Québec. La rémunération prévue est de 0 $. Le pharmacien ne peut donc pas facturer l’assurance privée ou le patient. La prescription d’analyses de laboratoire est incluse dans ces actes non rémunérés.
  • Projet de loi 28 : Réduction des honoraires versés aux pharmaciens de l’ordre de 177 millions.
    • Étant donné cette coupure très importante fragilisant les pharmacies d’officine, une entente a été convenue entre l’AQPP et le gouvernement pour déplafonner les allocations professionnelles.
      • Entre temps, des pharmacies ont réduit leurs heures d’ouverture.
      • Le déplafonnement n’a toujours pas eu lieu, mais on peut imaginer que cela se fera sentir chez les pharmaciens propriétaires.
  • Projet de loi 81 : Proposition du ministre Barrette d’implanter un système d’appels d’offre pour les compagnies génériques du Québec, voir même pour les grossistes.
    • L’exclusivité donnée à une compagnie générique pour l’approvisionnement de tout le Québec pour un médicament annulerait tout l’intérêt des versements d’allocations professionnelles aux pharmacies.
  • La fin de la pénurie de pharmaciens est signée depuis quelques années déjà.
    • L’abondance de pharmaciens diplômés sur le marché se fait particulièrement sentir aux États-Unis.

Pr Xavier Pavie, professeur d’innovation dans les services à L’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC), en France, publiait récemment un article dans le e-magazine Le Monde, intitulé : « L’ubérisation de la pharmacie est en marche. »

Pavie commence son article comme suit (vous m’excuserez pour la longue citation) :

« On s’aperçoit toujours de l’ubérisation d’un secteur quand il est trop tard pour les acteurs historiques et lorsqu’ils commencent déjà à disparaître. L’économiste Joseph Schumpeter n’avait-il pas expliqué cela dès 1942 quand, dans Capitalisme, socialisme, démocratie, il expliquait que : «  le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais apparaît à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le ruiner ». En France, une pharmacie ferme définitivement ses portes tous les deux jours, et cela n’est pas près de s’arrêter. »

Bien que le contexte économique des pharmacies en France soit différent de celui du Québec, cette introduction nous rappelle les récentes fermetures des pharmacies de Montebello et d’Asbestos. Elle pourrait nous rappeler également la citation de l’écrivain et théoricien politique Antonio Gramsci, lequel écrivait dans Cahiers de prison :

«  La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés ».

Cette citation est-elle adéquate pour décrire la situation?

D’une part, oui, « le nouveau cherche à naître ». J’observe une croissance du discours voulant que le modèle de rémunération doive changer et s’orienter davantage vers la prestation de services, plutôt que de produits. Les ententes avec la RAMQ doivent être révisées. Des pas ont été effectués dans cette direction, mais la distribution demeure l’élément qui permet à une pharmacie d’exister.

D’autre part, il n’y a pas de nouveau venu dans le milieu de la distribution des médicaments auprès des patients. Du moins, pas encore. En ce sens, on pourrait dire que le milieu de la pharmacie ne se situe pas encore dans cet « interrègne ». Cependant, il existe de nouveaux compétiteurs potentiels très réels.

Comme nous le savons, le médicament n’est pas un produit comme les autres et devrait encore faire l’objet d’une supervision professionnelle dans sa distribution. En 2016, à quel degré le pharmacien devra-t-il se consacrer à l’optimisation de la distribution du médicament, au détriment de l’investissement dans les services aux patients? Le pharmacien pourrait supporter davantage les patients disposant d’un régime thérapeutique complexe, lesquels résultent parfois de suivis auprès de quatre médecins différents. Le pharmacien peut servir d’agent centralisateur de la thérapie et effectuer des interventions plus significatives pour le patient. Cependant, ces interventions demandent du temps pour discuter et écouter, en toute confidentialité.

Je vous laisse sur un dernier passage de l’article de M. Pavie :

« Néanmoins, quel est le réel métier du pharmacien? Quel est son quotidien? Non pas celui qu’il est capable de faire, mais celui qu’il réalise vraiment? Il distribue. […] La distribution est une affaire de spécialiste de la logistique, ce que le pharmacien n’est pas. »

Ce n’est pas moi qui le dis, mais…

Par François-Xavier Houde
Pharmacien




Avenir de la pharmacie | Gestion en pharmacie | Loi 41

0 commentaire

Commenter l'article

*Champs obligatoire


+ Populaires + Commentés
pommade du Dr Nweman

[ Allaitement ] La crème « tout usage » du Dr Jack Newman : un traitement miracle ?


téterelle allaitement

La téterelle et l'allaitement : pourquoi, quand et comment?


Probiotiques

Les probiotiques : quand, comment et pourquoi les utiliser?


La massothérapie

Les secrets de la massothérapie


blanchiment des dents

Le blanchiment des dents : bien plus qu’une procédure esthétique!


La profession d’ATP : en constante évolution!


Article suivant

Revue de presse santé

Des surdoses seraient en cause dans huit décès en une semaine à Victoria