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2016-08-03  |  

Manger ses émotions, ou hyperphagie boulimique

hyperphagie boulimique

Manger répond-il toujours à un besoin émotif? Est-il possible de manger exempt d’émotions? Mange-t-on NOS émotions ou AVEC émotion? Y a-t-il une différence?

Pour plusieurs, l’acte de manger n’est plus si simple et déclenche beaucoup plus de culpabilité que de plaisir. Que s’est-il passé ?

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Manger répond à un besoin de base physiologique. Lorsque le corps envoie ses signaux de faim, il s’attend à ce que la personne y réponde dans un délai adéquat. La sensation de faim est le signe d’un déséquilibre homéostasique. Lorsque la personne mange à sa faim, les sensations de satiété apparaissent, signe que l’équilibre est rétabli. C’est très mathématique comme situation.

Pourtant, ce n’est pas toujours aussi simple. Il peut arriver que nous ayons le « goût » pour un certain aliment, sans pour autant avoir faim. De nos jours, ce comportement est fortement pointé du doigt, amenant son lot de culpabilité chez celui qui le commet.

Quand émotion ne rime plus avec nutrition

L’ennui, se sentir contrarié, subir un stress, ressentir un mal de tête, être fatigué ou l’habitude sont de bons exemples d’émotions ou d’états susceptibles de déclencher le comportement de manger ses émotions. Cependant, la réception d’une bonne nouvelle ou ressentir une grande fierté sont aussi des situations qui peuvent être gérées avec la nourriture.

Manger ses émotions peut être vécu à différentes intensités selon le patron comportemental de la personne, ce qui peut occasionner beaucoup de souffrance et de culpabilité. Certaines restrictions peuvent ainsi apparaître, mettant la personne à risque de surconsommation ou encore de développer un trouble alimentaire.

Un de ces troubles alimentaires se nomme hyperphagie ou hyperphagie boulimique*. Plusieurs personnes ont du mal à le distinguer du comportement de manger ses émotions pour la raison suivante : manger ses émotions est une des fonctions du trouble hyperphagique.

Quand manger ses émotions devient dangereux

Ce qui différencie les personnes qui mangent leurs émotions de celles souffrant d’hyperphagie boulimique peut notamment s’expliquer par l’intensité des symptômes et donc, des critères diagnostiques. Les principaux sont les suivants : une détresse psychologique et une souffrance marquée, un fonctionnement général affecté, une humeur dépressive, et évidemment une régularité au niveau des crises alimentaires. Le comportement de manger ses émotions est donc un comportement à risque selon le contexte qui l’entoure et les effets qu’il déclenche, mais n’est pas nécessairement problématique. Le contexte fait référence à ce qui entoure l’acte de manger : la personne est-elle isolée ou en groupe ? quel est l’élément déclencheur ? que se passe-t-il pendant l’acte de manger ? Pour leur part, les effets provoqués sont liés aux émotions vécues suite à l’acte de manger (culpabilisation, faible estime de soi, frustration), aux comportements restrictifs qui pourront naître par la suite (je dois arrêter d’acheter des chips), ou encore aux comportements d’isolement.

Faire la part des choses

Avec ces nuances, on peut facilement conclure qu’on mange nos émotions beaucoup plus régulièrement qu’on ne le pensait ! Alors où est le problème ? Et y a-t-il un problème ?

La plupart du temps, non. Il importe de normaliser l’acte de manger et de se permettre de ressentir du plaisir lorsque nous mangeons. De plus, un apprentissage important à développer est celui de respecter nos différentes émotions en utilisant d’autres moyens que la nourriture pour les gérer. La nourriture peut gérer temporairement l’émotion. Cependant celle-ci est encore présente et fera surface quelque temps après. Il est donc primordial de prendre conscience de l’émotion et de l’adresser directement, plutôt que d’agir sur l’acte de manger, qui n’est qu’un symptôme de l’émotion.

En terminant, je crois qu’il est essentiel de rappeler que l’acte de manger est tout à fait normal. Manger procure des sensations extraordinaires pour plusieurs de nos sens. Il faut prendre le temps de goûter, de savourer, de sentir, de toucher… Bref, se permettre d’avoir du plaisir quand nous mangeons.

* L’hyperphagie boulimique est reconnue comme étant un trouble alimentaire distinct seulement depuis l’arrivée du DSM-5 (2013). Les professionnels accueillent avec enthousiasme cet ajout, parce qu’il vient appuyer le fait que la population touchée par ce trouble est plus nombreuse que pour tout autre trouble alimentaire (2.8 % de la population américaine, selon Hudson et al., 2007).

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Par Marie-Michèle Ricard
Psychoéducatrice et professionnelle-stagiaire en psychothérapie, co-propriétaire Imavi, blogueuse pour ANEB.

*republication*




LaPresseCanadienne

Nutrition 

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