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2012-11-13  |  

Redéfinir la profession de sage-femme

Le métier de sage-femme est vieux comme le monde! C’est le cas de le dire! En fait, on dit même que l’histoire des sages-femmes du Québec commence dès le début de la colonisation française au Canada. Étonnamment, à ce jour, cette profession reste plutôt méconnue au Québec. Pourquoi? Pour comprendre, il faut remonter plus d’un siècle en arrière, alors que la mentalité suivante prédomine : l’accouchement est un acte dangereux et risqué et seuls les médecins doivent pratiquer l’accouchement. Heureusement, cette vision n’est plus d’actualité. Aujourd’hui, les sages-femmes réintègrent peu à peu leur rôle au Québec, au grand bonheur des futures mamans! Karine Desbois, sage-femme, démystifie pour nous cette profession!

 

1)      Karine, en quoi consiste réellement ton travail?

On dit des sages-femmes qu’elles sont des spécialistes de la grossesse physiologique et des accouchements normaux! Ainsi, notre travail consiste à accompagner les femmes lors de leur grossesse, lors de l’accouchement et durant les six semaines suivant la naissance. Nous suivons des femmes en santé ayant une grossesse à bas risque. Toutes les sages-femmes travaillent dans des maisons de naissance, qui elles sont affiliées avec un CSSS. Nous sommes ainsi des professionnelles autonomes dont la pratique est bien réglementée. Les sages-femmes font d’ailleurs partie d’un ordre professionnel qui sécurise la pratique.

 

2)      Comment se déroule le suivi avec une sage-femme?

Les femmes désirant être suivies par une sage-femme doivent appeler directement à la maison de naissance de leur région, et ce, dès qu’elles savent qu’elles sont enceintes. Ensuite, s’il y a de la disponibilité, nous organisons un premier rendez-vous. Ces rendez-vous se déroulent à la même fréquence que chez le médecin. Toutefois, la différence notable est que nous disposons de plus de temps lors des rencontres. Une partie du rendez-vous est donc consacrée aux examens cliniques alors que l’autre nous permet de discuter avec la femme enceinte, de répondre à ses interrogations, de la conscientiser à l’importance de l’allaitement, de la préparer à l’accouchement naturel, etc.

Tous les tests prénataux, incluant les prises de sang, seront faits ou prescrits par la sage-femme. De plus, fait intéressant, celle-ci est en droit de prescrire et d’administrer certains médicaments lors de la grossesse ainsi que lors de l’accouchement. Étant disponibles 24 h/24 pour nos clientes, nous sommes en mesure de leur offrir un service de qualité. Le temps passé auprès de ces femmes nous permet assurément de développer une relation de confiance, ce qui nous semble indispensable pour bien les accompagner dans cette aventure!

 

3)      Comment se déroule l’accouchement?

D’abord, la cliente décide si elle désire accoucher à la maison de naissance, à son domicile ou encore dans certains hôpitaux, avec qui les maisons de naissances ont une entente. Évidemment, comme nous privilégions l’accouchement naturel, nous n’administrons pas de médicaments pour la douleur ni d’épidurale. Grâce aux rencontres préalables, la cliente est souvent bien préparée pour un accouchement naturel. Nous travaillons donc avec des méthodes alternatives : les différentes positions, les massages, le bain… plusieurs possibilités sont offertes aux futures mamans pour les apaiser. Avant la naissance de l’enfant, une deuxième sage-femme vient assister celle déjà en fonction, au cas où il adviendrait un problème particulier ou une urgence à gérer.

 

4)      Et s’il arrivait un problème majeur à la mère ou au bébé…?

Soyez rassurés, toutes les maisons de naissance ont une entente avec un centre hospitalier. Les sages-femmes sont formées pour dépister tout ce qui sort de la normale. De plus, nous sommes formées pour gérer les urgences obstétricales ou les urgences nécessitant une réanimation. Nous possédons tout l’équipement nécessaire pour ce type d’intervention. Enfin, nous sommes encadrées par un règlement nous obligeant à consulter un médecin ou demander un transfert à l’hôpital lorsque nécessaire. Dans de telles situations, nous travaillons donc de concert avec le milieu hospitalier et particulièrement avec les gynécologues-obstétriciens.  

 

5)      Concernant l’accouchement, quelle est la différence majeure entre la vision des médecins et celle des sages-femmes?

En fait, pour des sages-femmes, la grossesse et l’accouchement naturel sont des processus physiologiques normaux qui comportent une signification très particulière dans la vie des femmes et de leur famille. Nous effectuons donc un suivi personnalisé avec ces femmes, dans le respect de leurs valeurs. Évidemment, notre vision n’est pas seulement médicale, mais, dirait-on, plus globale, c’est-à-dire que nous permettons aux familles de vivre cette expérience selon leurs besoins et leurs attentes. Il n’y a aucun doute, notre pratique est très sécuritaire pour la mère et pour l’enfant, tout comme en milieu médical. Enfin, il est évident que les sages-femmes font moins d’interventions médicales, ce qui est une différence que l’on pourrait qualifier de majeure.

 

6)      Quelle est la formation d’une sage-femme?

Il s’agit d’un baccalauréat de quatre ans à l’Université du Québec à Trois-Rivières. C’est une formation très pratique. Nous effectuons environ trois ans de stage en maisons de naissance, mais aussi en milieu hospitalier. En plus d’être formées sur tout ce qui se rattache à la grossesse et à l’accouchement, nous recevons des formations pointues sur la déviation du normal, sur les différentes pathologies, les urgences obstétricales et la réanimation néo-natale, pour ne nommer que celles-là. Nos connaissances sont donc à jour lorsqu’on doit faire des interventions.

 

7)      Pourquoi faire appel à une sage-femme?

Plusieurs raisons motivent les femmes à faire appel à des sages-femmes. Selon mes observations, la plupart sont tentées par l’approche et la vision de l’accouchement qui sont différentes de celles observées en milieu médical. Souvent, ces femmes, qui ne se considèrent pas comme malades, n’ont pas d’intérêt d’accoucher à l’hôpital. Certaines désirent aussi participer plus activement aux soins et services qu’elles reçoivent. Elles veulent être mises à contribution! D’autres apprécient la liberté qu’elles ont d’accoucher où bon leur semble, dans la position quelles veulent, accompagnées de la même sage-femme qu’elles ont connue durant leur suivi, etc. Grosso modo, elles se sentent plus libres de vivre leur accouchement à leur image.

 

8)      Est-il facile de faire appel à une sage-femme?

Je vous mentirais si je vous disais qu’il est évident d’avoir recours à une sage-femme. En fait, nous ne sommes pas assez de sages-femmes présentement au Québec pour répondre à la forte demande et les listes d’attente sont souvent très longues! Dans la province, on compte actuellement une dizaine de maisons de naissance… Beaucoup de régions n’offrent donc pas ce service aux femmes enceintes. Ainsi, seulement 1 à 2 % des accouchements ont lieu auprès d’une sage-femme. Toutefois, il y a de quoi espérer puisque plusieurs projets de développement sont menés à ce jour dans différentes régions.

 

Le ministère de la Santé a d’ailleurs promis d’ouvrir plusieurs maisons de naissance dans les prochaines années. Une nouvelle qui enchante certainement les femmes, lorsqu’on pense qu’au Québec, le quart d’entre elles souhaiteraient donner naissance en dehors du milieu hospitalier. Comme quoi la profession sage-femme retrouve progressivement sa place dans le système de santé! 




Développement de l'enfant

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