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2016-02-29  |  

Télésanté au Québec : chapeau à des initiatives passées sous silence

télésanté

Lorsque l’on songe au réseau de la santé québécois, ce sont d’abord les problématiques, les failles et les non-sens qui nous viennent à l’esprit. Pourtant, si notre système de soins est loin d’être parfait, il y a certes de petites et parfois de grandes réussites qui méritent d’être soulignées et partagées au grand public.

Dans cet article, nous dressons un portrait de quelques initiatives en télésanté mises de l’avant au courant des dernières années. Monsieur Guy Paré, professeur à HEC Montréal et spécialiste de l’application des technologies de l’information au secteur de la santé a généreusement accepté de nous donner l’heure juste à ce sujet.

Définir la télésanté

D’abord qu’est-ce que la télésanté? Au Québec, ce concept regroupe tous les soins cliniques du réseau, dispensés à distance, au moyen des technologies de l’information et des communications. Ainsi, la télésanté est un concept dira-t-on « parapluie », lequel regroupe divers sous-concepts telles la télémédecine, la télépsychiatrie, la téléconsultation, etc.

Un peu d’histoire

Au début des années 2000, nous assistons à la création des quatre Réseaux Universitaires Intégrés de Santé (RUIS) sur le territoire du Québec. Ces derniers ont pour objectif de coordonner la dispensation des soins spécialisés et surspécialisés au sein de leur région spécifique. Ainsi, quelques années seulement après l’implantation de ces réseaux, le ministère de la Santé et des Services sociaux prend une importante décision. Dans l’optique de coordonner les efforts en matière de télésanté et d’assurer le développement d’initiatives cohérentes à travers la province, chacun des RUIS a dorénavant la responsabilité d’établir ses propres priorités en ce qui a trait à la télésanté, en portant une attention particulière aux besoins spécifiques de sa population. Ainsi, après de profondes réflexions et de minutieuses analyses, différentes initiatives de télésanté voient le jour progressivement.

La télésanté sous toutes ces formes

RUIS de l’Université de Montréal 

Les acteurs en santé de la région montréalaise étant particulièrement préoccupés par l’augmentation et la gestion des maladies chroniques sur leur territoire, ont cru pertinent d’investir prioritairement dans les télésoins à domicile. Ici, cette forme de télésanté relève principalement de la pratique infirmière, puisque ce sont davantage les infirmiers qui assurent un suivi avec les patients aux prises avec une maladie chronique. Ainsi, le patient est muni d’un équipement technologique où une application est développée à cet effet. Le patient est alors amené à y inscrire régulièrement nombre d’indicateurs cliniques en lien avec sa condition de santé (signes vitaux, symptômes, prise de médicaments). De cette façon, les infirmiers reçoivent l’information et l’analysent attentivement sans avoir à se rendre inutilement au chevet du patient. Grâce à la technologie, on évite des retours à l’urgence et des hospitalisations non justifiées. Les patients, lesquels sont majoritairement des personnes âgées, sont généralement très satisfaits de ce processus novateur. Évidemment, mentionnons qu’un grand sentiment de sécurité accompagne l’utilisation de cet outil.

RUIS de l’Université Laval

Au sein de ce territoire, l’analyse préalable des besoins a démontré qu’il était primordial d’investir massivement dans la télépathologie, une forme particulière de télémédecine. En effet, dans l’Est de la province, un manque criant de pathologistes a motivé le déploiement d’une technologie en santé permettant de pallier l’absence de ces professionnels de la santé indispensables. Ainsi, lors d’une chirurgie où l’avis immédiat du pathologiste est nécessaire pour analyser la nature des cellules prélevées, la technologie permet dorénavant de numériser les spécimens sur des lames qui seront acheminées directement au pathologiste se trouvant dans un autre hôpital. La résolution exceptionnelle de ces écrans permet au pathologiste d’émettre un diagnostic et de conseiller le chirurgien sur les suites de l’opération. Le patient se trouve alors toujours sous anesthésie. Il s’agit d’un des réseaux de télépathologie les plus importants au monde.

RUIS de l’Université de Sherbrooke

Dans la région de l’Estrie, les acteurs en santé ont priorisé une tout autre forme de télésanté, soit la téléassistance en soins de plaie. Cette forme de télésanté relève également dans ce cas-ci de la pratique infirmière. Dans les dernières années, une hausse de cas de soins de plaies complexes sur le territoire a été observée en lien avec le vieillissement de la population, et parallèlement, une disparité des pratiques cliniques en matière de soins de plaie entre les établissements de santé a été constatée. En réponse à cette problématique et pour pallier la pénurie d’infirmières spécialisées à cet effet sur ce territoire, un système de téléconsultation a été développé. Grosso modo, par l’intermédiaire de la vidéo, l’infirmière experte est en mesure de constater la nature de la plaie du patient et elle conseille alors l’infirmière l’accompagnant. Cette dernière est ainsi outillée pour réaliser le pansement et faire le suivi adéquat auprès de son patient. Une telle initiative a non seulement permis d’uniformiser les pratiques en matière de soins de plaie, mais elle a également permis une meilleure qualité des soins dispensés aux patients. Il s’agit d’une autre réussite exemplaire.

RUIS de l’Université McGill

Le territoire du RUIS de l’Université McGill comprend des régions éloignées du Québec, notamment le Grand Nord québécois. Ainsi, les études préalables ont démontré un besoin crucial de développer l’accessibilité à diverses expertises médicales pour ces régions isolées. Ainsi, un médecin spécialiste basé à Montréal, par exemple un cardiologue, utilise la téléconsultation pour entrer en contact avec un patient. Par l’intermédiaire de la vidéo, le médecin peut étudier les signes vitaux et la condition de son patient, pour finalement émettre un diagnostic. Habituellement, le patient est accompagné d’un professionnel de la santé et souvent d’un proche pour permettre la traduction en simultanée, lorsque nécessaire. Cette initiative a débuté en 2007 et a fait graduellement boule de neige. Aujourd’hui, au-dessus de trente spécialités médicales usent de la téléconsultation pour améliorer l’accessibilité aux soins aux patients.

Un avenir prometteur

Le milieu des années 2000 a été une période déterminante en matière de télésanté au Québec. Ces différentes initiatives complexes nous amènent à constater qu’une collaboration optimale entre les différents acteurs en santé et une vision partagée d’objectifs communs permettent réellement de mettre les technologies de l’information au service de la population québécoise. Toutefois, pour assurer la pérennité de ces services et le développement d’initiatives connexes, le professeur Guy Paré prend bien soin de rappeler que le développement de la télésanté doit reposer sur la demande et la pertinence plutôt que sur l’offre et le développement technologique. Enfin, nombre d’enjeux (humains, interpersonnels, technologiques…) doivent être considérés et étudiés collectivement avant toute mise en œuvre d’initiatives en télésanté.

Somme toute, bien que la bataille ne soit pas gagnée, il s’agit de petites victoires en santé qui méritent toute notre attention… notamment pour nous encourager à aller de l’avant!

Noémie Desbois Mackenzie
Bachelière en communication, et présentement à la maîtrise en communication de la santé




Communication et santé | Technologie en santé

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