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2016-09-20  |  

Zones humides : assurance santé

Les zones humides ont longtemps été considérées comme des lieux insalubres. On les protège maintenant comme derniers remparts naturels contre plusieurs ennuis de santé.

Les scientifiques l’affirment, mais c’est aussi l’intuition de la majorité : notre santé est liée à l’endroit où nous vivons et à l’environnement immédiat qui nous entoure. À l’échelle globale, la même affirmation est possible : santé et environnement vont de pair. Malheureusement, c’est souvent quand les ennuis apparaissent que l’on fait les liens. Pensons à l’air que nous respirons, aux légumes qui proviennent de notre jardin ou à l’eau que nous buvons. Bien-être physique et mental vont de pair avec un environnement sain. Au Japon, les médecins prescrivent des « bains de forêt ». Ça calme les esprits échauffés et purifie les poumons. « Docteur, vous me donneriez une prescription de shinrin-yoku ? » Essayez ça ici… Je ne vous garantis rien !

Si la verdure et le grand air ont des avantages psychologiques et physiologiques, on oublie souvent le rôle joué plus spécifiquement par les zones humides. Les biologistes connaissent le rôle que marais, tourbières ou marécages jouent dans l’équilibre des écosystèmes. Ils disent souvent qu’ils en sont le cœur, les reins et le foie. L’eau qui les traverse et se rend vers les ruisseaux et rivières s’en trouve purifié. Ces lieux mal connus sont par ailleurs parmi les milieux les plus riches en biodiversité de la planète. Pour l’homme, les zones humides fournissent une foule de services gratuits comme la maîtrise des crues ou la recharge des nappes phréatiques. Elles amoindrissent aussi l’impact des changements climatiques. Un bon résumé de ces services se trouve dans ce document de 2005 : Ecosystems and Human Well-being: Wetlands and Water.

Le simple fait que l’on reconnaisse le rôle central des zones humides pour l’équilibre environnemental devrait suffire à nous convaincre de leur importance pour la santé, mais qu’en est-il des liens avec un marécage par exemple ? Des liens directs, il y en a peu, mais c’est le cumul des liens indirects qui sont convaincants. Nous nous devons d’adopter une nouvelle manière de voir les marais qui nous entourent. Depuis de nombreuses années, les milieux humides souffrent d’une véritable crise d’identité et le monde de la santé ne les aide pas. Ils ont longtemps été perçus comme dangereux. On les associe au paludisme, à la bilharziose et à une foule d’autres maladies parasitaires mortelles. Même les légendes s’en mêlent avec les fameux monstres des marais. Ce n’est pas peu dire sur notre psyché collective…

Malgré cette mauvaise image, dans les pays en développement, c’est au contraire la disparition ou la mauvaise gestion des zones humides qui peut faciliter l’apparition de maladies. Selon la Convention Ramsar sur les zones humides, vers 2005, la grippe aviaire aurait très bien pu résulter d’une telle situation dans les environs du lac Qinghai en Chine. Pire, en Asie comme ailleurs, bon nombre de ceux qui sont affectés par les changements à ces plans d’eau sont déjà très vulnérables au plan économique et mal équipés pour compenser la perte des services naturels gratuits que fournissent les écosystémiques.

La prochaine fois que vous entendrez qu’un marais se fait remplir sans autorisation pour favoriser l’étalement urbain, songez aux liens entre milieux humides et eau de qualité. Les zones humides fournissent des services de traitement de l’eau sophistiqués. Or, les études établissent que, dans la plupart des régions du monde, les zones humides subissent un déclin continu dans leur superficie et leur qualité, et la situation n’est pas différente au Canada. Heureusement, la population est de mieux en mieux informée et des organisations voient à la protection de ces milieux fragiles.

Près de Montréal, dans le bassin versant de la rivière du Nord, Canards Illimités Canada et Abrinord viennent de terminer la cartographie détaillée des milieux humides dans la région des Laurentides. C’est un immense pas dans la bonne direction, et un véritable « outil d’aide à la décision en matière d’aménagement et de développement du territoire ». Pour Isabelle Marcoux, directrice générale d’Abrinord, l’organisme de bassin versant responsable de planifier et de coordonner la gestion de l’eau dans la zone, les enjeux de santé publique ne sont pas encore au haut de la liste de priorités dans le suivi des zones humides du secteur, bien qu’il soit « évident qu’elles contribuent à la filtration et à une eau de qualité ». Elle explique qu’il existe des apports en contaminants dans les cours d’eau de la région et que, malgré des normes environnementales élevées, « il est impératif de maintenir les zones humides pour leur rôle de filtration ». Pour y voir, l’équipe d’Abrinord travaille à identifier sur son territoire les zones qui devraient être protégées en priorité. « Celles-ci font partie d’un système hydrologique complexe, explique Isabelle Marcoux, elles sont constituées de cours d’eau, de lacs, d’eau souterraine, etc. » En les conservant, on souhaite maintenir l’équilibre de ce système et préserver les biens et services qu’ils nous fournissent gratuitement. Isabelle Marcoux pense « qu’en plus des enjeux relatifs à l’eau potable, les services de type “santé publique” offerts par les milieux humides sont non seulement fondamentaux, mais qu’ils deviendront vitaux dans les années à venir ».

Par Mathieu Régnier
Spécialiste en communication environnementale

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