logo Pharmablogue



2020-02-13  |  

Connaissez-vous votre score santé?

NB: ça n’existe pas… encore!

Un matin, j’entends un jeune couple discuter avec leur conseillère hypothécaire. Après quelques échanges plus légers portant sur le marché immobilier et leur projet d’achat, la conseillère lance une question qui donne un ton plus sérieux à la discussion:

Connaissez-vous votre côte de crédit?

La question me reste en tête; ça me fait réaliser qu’il y a bien longtemps que j’ai moi-même consulté mon dossier de crédit! Peut-être y a-t-il 1 ou 2 lignes de crédit que je devrais annuler!

Un peu plus tard ce jour là, j’écoute un balado produit par la firme Mckinsey & Co traitant des défis faisant face aux systèmes de santé partout dans le monde. Un sujet m’interpelle particulièrement: le manque flagrant d’interconnexion entre les différents logiciels et plateformes utilisés par les professionnels de la santé.

Bien des efforts en vain

Vous avez sans doute déjà constaté que votre médecin, votre spécialiste, votre nutritionniste et bien sûr votre pharmacien consacrent tous beaucoup de temps à consigner de nombreux renseignements dans leurs dossiers respectifs. Pourquoi? D’abord et avant tout, c’est pour votre bien: pour pouvoir s’y référer et laisser des traces de tout ce qui se passe. Mais malheureusement, aucun d’entre eux ne pourra lire ce que l’autre a écrit (ou presque, grâce à certains logiciels comme celui-ci).

Plus je m’intéresse à ce sujet, plus je réalise que nous sommes à plusieurs années – voire à une ou deux décennies – de pouvoir bénéficier d’un écosystème de renseignements de santé partagés. En fait, le nombre de sources de renseignements (logiciels, apps) augmente probablement plus rapidement que la vitesse à laquelle les connexions entre celles-ci se forment… c’est une course sans fin en vue pour l’instant.

Une opportunité manquée

Le plus désolant de cette situation est de ne pas pouvoir tirer profit de tout le pouvoir d’analyse que nous offre l’informatique moderne. En effet, en consolidant autant de données de santé (vos antécédents, vos médicaments, vos habitudes, votre évolution, etc..), il deviendrait possible de détecter des « tendances » et de les comparer à d’autres cas. L’objectif de cette comparaison étant de déceler les individus les plus à risque de voir leur santé se détériorer à plus ou moins court terme.

Autrement dit, la consolidation des données permettrait de déployer une certaine « intelligence artificielle » veillant sur nous tous.

En attendant que le rêve se réalise…

Mais au lieu de rêver à une telle utopie de laquelle on ne se rapproche que trop lentement, ne pourrait-on pas se doter d’une alternative plus simple et accessible, dès aujourd’hui?

Pourquoi pas un score santé!

Imaginez que, chaque fois qu’un professionnel consigne à votre dossier un problème, maladie, poids, inobservance, prise de sang, habitude de vie ou facteur de risque, votre score santé diminue… ou augmente selon le cas! Ceci permettrait, en un coup d’oeil, d’avoir une estimation de notre état de santé global, sans pour autant devoir attendre que tous les professionnels unissent enfin leurs systèmes informatiques!

Un chiffre vaut mille mots

Nous vivons dans un monde où l’attention devient une denrée de plus en plus rare. Les « UX designer » gagnent leur vie en réduisant les clics sur les sites et applications que nous utilisons! Alors, il ne faut pas sous-estimer la puissance d’avoir un chiffre qui peut en dire aussi long! Toute personne confrontée à une mauvaise cote de crédit sentira une soudaine motivation à améliorer sa situation financière. Ne se passerait-il pas la même chose avec un score santé plus ou moins bon?

Le côté obscur

Bien sûr, un tel score santé présenterait des failles et des faiblesses. Il serait question de vie privée, évidemment. Ces données pourraient tomber entre de mauvaises mains, et créer de la discrimination. Mais après tout, ces données existent toutes déjà quelque part. Un score santé ne serait qu’un indicateur global de l’information qui existe déjà. Si celui-ci est sécurisé et utilisé à bon escient, il ne pourrait en découler que du positif.

Une autre faille possible est la valeur prédictive d’un tel score. Autrement dit, est-ce qu’il serait vraiment possible de développer une formule pouvant calculer un score qui prédit de façon satisfaisante l’évolution de la santé d’un individu? Je crois que c’est possible, mais je n’ai pas la formule! Les attentes envers un tel score devraient aussi rester réalistes. Loin de remplacer les professionnels, il viendrait simplement quantifier de façon relative ce que l’on sait « collectivement » de l’état de santé de chacun.

Pas sorti de nulle part

La notion n’est pas complètement nouvelle. Il existe sans doute des données actuarielles dans certaines organisations se rapprochant de cette idée. Aussi, le ministère de la Santé utilise déjà le système de « pondération » des patients suivis par chaque médecin, de façon à refléter la « lourdeur » des cas, non pas seulement en comptant les patients, mais en ajustant ce nombre selon le type et la sévérité de leurs problèmes de santé.

Un débat d’actualité parmi mes confrères et consoeurs

Du côté des pharmaciens propriétaires, un débat se fait présentement sur la façon dont le pharmacien devrait être rémunéré. Actuellement, servir un antibiotique à un adulte de 25 ans ne prenant aucun médicament et comprenant très bien les instructions procure au pharmacien la même rémunération que de le servir à un patient âgé de 85 ans, prenant 10 autres médicaments, mais qui les oublie tout le temps en raison d’une démence légère, et qui ne sait pas lire. Il est évident que ça ne fait aucun sens! Nul doute que ce score santé pourrait être envisagé afin de moduler une portion de l’honoraire du pharmacien, et ainsi mieux refléter le travail accompli!

En attendant le futur, prenez bien soin de votre santé, même s’il n’y a pas de score en bout de ligne!

Maxime Bissonnette-Roy, pharmacien

(tiré du blogue de l’auteur : « Sans Ordonnance  »)

Actualités | Avenir de la pharmacie | Nouvelles du PharmaBlogue

0 commentaire

Commenter l'article

*Champs obligatoire