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2014-11-23  |  

L’espace médiatique : mais où sont passés les professionnels de la santé?

Événement du PharmaBlogue

Dans le cadre de l’événement du PharmaBlogue du 3 décembre prochain, qui portera sur LA SANTÉ 2.0 – Comment s’y retrouver en tant que professionnel de la santé?, nous vous proposerons au cours des prochains jours des articles rédigés par 5 de nos invités, pour vous permettre de les connaître un peu mieux. (JE VEUX M’INSCRIRE À CET ÉVÉNEMENT!) 

Mais, avant, plongeons-nous dans le vif du sujet sur lequel portera notre événement : les professionnels de la santé sont-ils assez présents dans l’espace médiatique? Christine Thoër, Ph.D. professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM et chercheure membre de ComSanté, a étudié la question.

L’implantation d’Internet et des nouvelles technologies a donné un pouvoir novateur aux patients, lequel se traduit par une possibilité de s’instruire en recherchant et partageant de l’information en santé, et donc, d’être partenaire de ses soins.

Évidemment, le chaos médiatique actuel offre une variété de contenus provenant d’une foule de sources d’information… En d’autres mots, et comme dans tous les domaines, là où il y a le meilleur, on y retrouve aussi le pire. Devant cette réalité, il y a lieu de se questionner quant à la nécessité de voir émerger davantage de professionnels de la santé sur les différentes plateformes médiatiques afin de communiquer au public de l’information qui soit scientifique et véridique en ce qui concerne la santé. 

Madame Thoër, rappelons d’abord ce que le public recherche principalement en matière de santé sur Internet.

Il faut savoir que les usages de la recherche en santé sont assez variés sur le web. Il y a d’une part les individus qui recherchent de l’information sur leurs symptômes afin de valider si une visite chez le médecin est justifiée. D’autre part, il y a ces gens qui sont très investis dans leur santé en matière de prévention. On note ici que ce sont particulièrement des femmes qui, elles, ont des intérêts variés, notamment sur la prise de poids, les vitamines, l’importance de l’exercice physique, etc. De plus, il peut aussi s’agir d’individus ayant consulté un spécialiste de la santé qui rechercheront plutôt à tête reposée de l’information sur le diagnostic porté ou encore sur un médicament prescrit. Enfin, il y a certainement quelques personnes qui rechercheront une seconde opinion d’un soignant. Quoi qu’il en soit, les médecins reconnaissent aujourd’hui que les gens ont tendance à s’instruire davantage sur Internet en ce qui concerne la santé, et ils sont de moins en moins nombreux à percevoir ce geste comme une menace à l’égard de leur expertise.  

Croyez-vous que le rôle des professionnels de la santé s’est modifié depuis l’arrivée d’Internet et l’utilisation des nouveaux médias dans notre quotidien?

D’abord, il faut comprendre que la modification, ou bien la transformation, du rôle du professionnel de la santé n’est pas apparue avec la venue d’Internet et des nouveaux médias en tant que telle. En fait, on a pu remarquer que dès que les gens ont commencé à obtenir de l’information en santé via la littérature scientifique et les médias santé, il y avait déjà une partie de la population qui manifestait le désir de prendre part à son processus de soins en posant des questions spécifiques aux médecins… Voilà ce que l’on pourrait qualifier d’émergence d’une transformation des soins. Aujourd’hui, tenant compte de l’avenue d’Internet et des nouveaux médias, on a pu constater que les sources d’information se sont multipliées, et sont plus accessibles, et donc que les gens peuvent recourir à de l’information en santé instantanément. Évidemment, cela fait en sorte que les patients ont alors une attente nouvelle à l’égard du médecin. Comme ils ont une meilleure connaissance de leur problématique de santé, ils se sentent plus en confiance pour poser des questions et jouent ainsi un rôle plus actif dans la consultation. C’est dans ce contexte que l’on peut parler d’une transformation véritable des soins : le médecin n’est dès lors plus le seul détenteur de savoir et son rôle devient complémentaire à celui du patient. Il doit notamment aider celui-ci à trier et évaluer l’information à laquelle il est confronté sur Internet. Ainsi, les médecins ne devraient pas percevoir l’avenue d’Internet et des nouveaux médias comme une menace à l’égard de leur expertise ou une perte de temps pendant la consultation. Ils devraient plutôt prendre conscience qu’Internet fait partie de notre réalité et miser sur le potentiel de ces ressources pour améliorer la communication avec le patient. Vous savez, un patient qui participe à la consultation, qui pose des questions, c’est un patient qui adhérera plus facilement à son traitement… Nul doute qu’il y aurait certainement de nombreux bénéfices à optimiser l’utilisation d’Internet dans les soins, et ce, sans toutefois négliger l’importance des consultations en face à face.  

Que pensez-vous de l’implication des soignants dans la sphère médiatique?

Sans hésitation, ils ne sont pas assez présents sur Internet! Pour les soignants, une des motivations à s’impliquer dans la sphère publique et sur les nouveaux médias est simplement d’avoir un discours qui a plus de portée. Évidemment, un médecin en consultation pourra passer un message clé à son patient. Mais, à travers la sphère médiatique, celui-ci pourra s’adresser à de nombreuses personnes en même temps et donc viser un changement de comportement en santé qui soit plus global et généralisé. Je crois que l’on ne peut plus ignorer la place qu’occupe Internet dans la vie des patients. En ligne, ils recherchent des informations crédibles, mais les soignants restent des références qu’ils privilégient. Ainsi, les professionnels en santé devraient s’intéresser davantage à ce canal de communication. D’ailleurs, si ce ne sont pas les médecins qui répondent aux interrogations du public, d’autres acteurs vont jouer ce rôle et nous observons qu’ils le font déjà. Ces derniers ne sont pas forcément qualifiés pour le faire ou peuvent avoir des intérêts marchands; ils feront par exemple la promotion de services et de traitements. Ainsi, plusieurs soignants s’interrogent à savoir s’ils n’ont pas un devoir éthique et une responsabilité collective de s’impliquer médiatiquement et politiquement dans la sphère publique…

Et selon vous… y a-t-il des freins à s’afficher publiquement à travers les médias en tant que professionnel de la santé?

Les réticences observées sont principalement liées aux différents codes déontologiques encadrant les professions. On y retrouve notamment les mises en garde suivantes : les professionnels ne doivent pas faire de consultation en ligne et ils doivent faire très attention à la façon dont ils s’affichent sur les médias sociaux. On leur recommande notamment de distinguer strictement leur identité privée et professionnelle sur les plateformes du Web 2.0. Mais c’est souvent plus facile à dire qu’à faire. Évidemment, ces restrictions formulées par les ordres professionnels découragent grandement le personnel soignant de s’impliquer sur Internet. Une réflexion doit être menée pour aider les professionnels qui souhaitent s’investir. Il faut mieux évaluer les risques d’une présence professionnelle sur les médias sociaux et trouver des pistes de solutions. On doit encourager les professionnels à être plus présents sur la sphère médiatique, et ceux-ci le seront sans doute de plus en plus dans un contexte où les patients expriment un besoin grandissant de trouver réponse à leurs questions…

En terminant, diriez-vous que le développement de l’utilisation des nouveaux médias facilite la communication entre les patients et les soignants?

De manière générale, je crois que nous pouvons l’affirmer. Il va sans dire que les patients étant plus outillés comprennent mieux ce que disent les médecins et qu’ils sont aussi plus à l’aise de s’exprimer. Bien entendu, il y a encore du travail à faire en ce qui a trait à la réticence de certains médecins à l’égard d’Internet. De plus, le patient éduqué ne doit pas être perçu comme une menace… au contraire! Plus il obtient de l’information médicale sur Internet, plus il se rapproche du médecin. Le patient souhaite de plus maintenir la relation de confiance tissée avec le médecin. Il désire simplement jouer un rôle complémentaire pour pouvoir travailler avec son médecin.

Cependant, ma crainte se situe plutôt au niveau des patients. Pour rechercher de l’information en santé, ceux-ci doivent démontrer certaines compétences concernant, entre autres, la capacité de lecture et d’analyse de l’information trouvée. À ce titre, on peut se demander si le développement des usages d’Internet et des nouveaux médias ne va pas contribuer à créer un fossé plus important entre les divers milieux sociaux. Ceux qui sont déjà les mieux informés seraient encore plus au fait des connaissances médicales et de l’utilisation optimale des ressources. Comment utiliser Internet pour toucher les individus qui ont un faible niveau de littératie et qui gagneraient le plus à développer leurs connaissances en santé? Il y a donc encore beaucoup de travail à faire pour que l’utilisation d’Internet et des médias sociaux en santé soit intégrée dans la pratique médicale. Indéniablement, ce sont toutefois des outils importants qui peuvent aider et renforcer la communication entre patients et soignants.

// Par Noémie Desbois Mackenzie
Bachelière en communication, et présentement à la maîtrise en communication de la santé

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Sources :

Entrevue téléphonique réalisée avec madame Christine Thoër, Ph.D. professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM et chercheure membre de ComSanté, en date du 17 janvier 2014.

Communication et santé

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